L’E-réputation

« Veillez sur votre bonne réputation : ne la laissez ni noircir par des propereputationos malséants, ni déchirer par des jugements défavorables » Saint Isidore de Séville, 560-636.

L’E-réputation peut être définie comme l’impression que produisent les informations disponibles sur Internet à propos d’une personne morale ou d’une personne physique. Parfois appelée web-réputation, cyber-réputation, réputation numérique, réputation en ligne ou sur internet,  il s’agit de l’image numérique d’un individu façonnée par l’ensemble des traces qu’il laisse volontairement ou non sur le web. Cette identité peut prendre plusieurs formes (commentaires, articles, photos, vidéos) et peut être dévoilée volontairement ou non par l’intéressé. Il peut également s’agir d’identités alternatives ou d’avatars lorsque l’identité est voilée (pseudonyme). L’e-réputation peut aussi désigner sa gestion, via une stratégie globale et grâce à des outils spécifiques pour la pérennité de l’identité numérique.

La première personne à parler d’E-réputation et surtout à placer la réputation au centre des technologies web, c’est Howard Rheingold[1]. Cet écrivain et enseignant américain, pionnier dans les interactions sociales en ligne, évoquait déjà les « technologies de la réputation ». Pour lui, les jeux vidéo en ligne tel que Second life ou World of Warcraft sont une parfaite illustration de la gestion de l’E-réputation. Le concept de l’utilisation de l’avatar et de « personnalité online » au sein de Communautés virtuelles  étant un moyen de s’exprimer sans exposer sa réputation online.

Dans le début des années 2000, c’est l’e-commerce qui permettra de développer la notion d’E-réputation. En effet, avec le développement de l’achat en ligne, le terme E-réputation a vu le jour dans de nombreuses études suisses-allemandes et américaines consacrées aux relations entre réputation du vendeur et performances des ventes sur les sites d’e-commerce[2].

Ce sont deux scientifiques américains en 2001 qui emploieront le terme E-réputation dans un article de presse intitulé « e-reputation: The role of mission and vision statements in positioning strategy »[3]. Pour eux, il est nécessaire pour les entreprises et organisations de diffuser sur leurs sites « leurs valeurs et signes de conformité ».

Dès 2006, Google devient un pilier de l’E-réputation en France. Christophe Deschamps, consultant et blogueur, attire l’attention sur l’indispensable gestion de l’E-réputation compte tenu du développement croissant du web et de la multiplication des sources d’informations, dans un article publié sur ZDnet[4].

En 2009, ce sont les médias qui boostent l’audience de l’E-réputation ( presse, TV, radio) et mettent en lumière l’importance de la prise en compte du pouvoir des internautes via les avis, commentaires, opinions et notations dans le choix des produits et/ou services.

 En 2012, l’E-réputation est devenue un réel « produit », comme le démontrent certaines offres d’assurances destinées aux particuliers (Axa et Swiss Life proposent des contrats d’assurance couvrant les risques liés à l’internet).

Si le terme a pris une telle importance ces dernières années c’est parce qu’il recouvre des enjeux colossaux et stratégiques, tant pour les entreprises que pour les individus. Aujourd’hui, chacun s’inquiète de sa E-réputation compte tenu de l’avènement incontournable du web 2.0 et des médias sociaux. Que l’on soit une entreprise (pour fidéliser la clientèle, soigner sa marque) ou une personne physique (rechercher un emploi, valoriser ses compétences), l’E-réputation s’avère indispensable dans notre vie présente et future.

Le web 2.0 est un lieu privilégié pour chercher des informations, si bien qu’Internet et Google sont devenus de réels outils de décision (74% des internautes se renseignent sur Google avant d’acheter un service ou un produit[5] et 68% des recruteurs googlisent les candidats[6]). Plus que jamais, il est nécessaire d’agir afin de prendre en main son E-réputation.

I- Traces numériques et traçabilités

Les individus produisent chaque jour de leur plein gré sur internet des masses gigantesques de données afin de communiquer avec l’extérieur, aussi bien à titre personnel, que professionnel. En effet, avec l’émergence des sites de réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook, LinkedIn, ou Viadeo, les individus acceptent davantage de livrer des informations sur eux-mêmes dans le cadre de leurs loisirs. On assiste à une multiplication des données personnelles d’une nature beaucoup plus déstructurée et informelle comme les messages, les contacts, les expressions de l’individu, les relations, les commentaires, les images etc. Ces informations peuvent être fournies par l’internaute lui-même ou bien par des tiers. On constate que les individus transmettent et publient volontairement des volumes croissant d’informations intimes aux entreprises ; informations qu’elles n’auraient jamais eu ni l’opportunité, ni le droit de récolter en temps normal. Or, tous ces services en ligne dits « gratuits » sont en réalité payés par la monétisation, notamment publicitaire, des données personnelles des utilisateurs et des visiteurs. Le business modèle de ces entreprises est basé sur la pertinence de la collecte et de la revente des données personnelles des internautes. Ainsi, il en va dans leur intérêt de pousser les internautes à dévoiler au maximum des informations le concernant.

Dès lors, au fil des participations à des réseaux sociaux, à des forums de discussion ou à des blogs, chaque individu construit peu à peu son image qui devient sa réputation sur Internet. L’E-réputation est une représentation que les internautes vont se constituer en fonction des flux d’informations qu’ils rencontrent sur le net. Ces informations produites par l’individu lui-même mais aussi par les acteurs de son environnement économique proche (ses amis, ses clients, ses salariés, les journalistes, les bloggeurs) façonnent l’image de la personne.

Les réseaux sociaux et les applications mobiles ont mis en lumière le penchant des internautes à vouloir s’exposer à tout prix « publiquement ». En 1979, le penseur Américain Christopher Lasch disait[7] : « le narcissisme semble représenter la meilleure manière d’endurer les tensions et anxiétés de la vie moderne. Les conditions sociales qui prédominent tendent à faire surgir les traits narcissiques présents, à différents degrés, en chacun de nous ». Cet homme était-il avant-gardiste quand on observe les effets de l’E-réputation aujourd’hui ? Beaucoup diront que oui. Paradoxalement, les internautes oublient bien souvent l’aspect « publique » de ces médias, aveuglés par le cocon rassurant de ces outils devenus un peu trop familiers.

II- Les conséquences néfastes d’une mauvaise gestion de l’E-réputation

Bien souvent, ce sont les utilisateurs qui sont les premiers protagonistes des publications d’informations intimes sur les réseaux sociaux. Une mauvaise gestion des réseaux sociaux et plus généralement du web 2.0 recouvre de nombreux dangers concernant l’E-réputation ; et souvent, l’internaute n’en a pas forcément conscience. Lors de la 30ème conférence mondiale des commissaires à la protection des données et de la vie privée d’octobre 2008[8], il est acté que les utilisateurs de réseaux sociaux « ignorent le plus souvent les conséquences d’une large diffusion d’informations très personnelles ». Selon Daniel Kaplan, co-fondateur et délégué général de la FING[9], il s’agit là de la théorie du « privacy paradox »[10]. C’est en 2005 que la fondation Pew[11] résumait ainsi les pratiques des utilisateurs américains de l’internet. D’un côté plus de 80% s’inquiètent de ce que des entreprises qu’ils ne connaissent pas obtiennent et partagent de l’information sur eux, et plus de la moitié pensent que les sites internet enregistrent des informations personnelles à leur insu. De l’autre, les deux tiers de ces internautes ont fourni des informations sur eux pour accéder à un site ou acheter un produit en ligne et tout en sachant que cette recherche pouvait produire des traces. Ainsi, tout en percevant les risques, les internautes ont tendance à divulguer facilement des informations sur eux y compris des informations considérées comme « sensibles ».

Chaque utilisateur doit donc être vigilant et vérifier les paramètres de confidentialité de ses données car souvent la gestion de cette E-réputation peut, selon les cas, présenter des difficultés. En effet, une fois la publication des données faite, il est très difficile de la retirer de façon définitive du site. C’est toute la perversité du réseau social Facebook : L’internaute peut rencontrer des difficultés de se désinscrire d’un réseau social et d’en faire disparaitre toutes traces. Bien qu’en ayant supprimé une publication à l’aide d’une icône présente près de la publication, cette dernière restera enregistrée dans le serveur de Facebook. Si la suppression du compte est effectivement possible, l’internaute qui souhaite effacer tous les commentaires qu’il a postés sur les comptes des autres devra le faire manuellement, un par un, ce qui rend la tâche difficile voire irréalisable.  Selon la politique d’utilisation des données de Facebook au 27 juin 2013[12], il est précisé que la suppression du compte ne concerne pas toutes les actions. En effet, « certaines actions sur Facebook, comme lorsque vous publiez dans un groupe ou envoyez un message à quelqu’un, ne sont pas enregistrées sur votre compte. Ces informations persistent même après la suppression de votre compte ». Cette fonctionnalité souvent inconnue du grand public peut ne pas aller dans le sens d’une bonne gestion de l’E-réputation.

Plus grave, toutes informations disséminées sur les réseaux sociaux et plus généralement sur le Web ont permis de reconstituer la vie d’une personne. C’est le magazine Le Tigre qui illustre bien ce phénomène grâce à une publication fin 2008[13], du portrait d’un internaute inconnu, reconstitué uniquement « grâce à toutes les traces qu’il a laissées, volontairement ou non » sur facebook, Youtube, Flicker, ect. L’article vise à prendre conscience «  qu’on ne fait pas vraiment attention aux informations privées disponibles sur internet et que, une fois synthétisées, elles prennent soudain un relief inquiétant ». Cette publication va décrire toutes informations trouvées sur le net concernant Marc L, 29 ans, architecte d’intérieur, habitant dans l’ouest de la France, amateur de voyages et de musique ect. Ces révélations permettent aux internautes de prendre conscience de l’importance de bien gérer son contenu et ses informations personnelles sur le net.

D’autres conséquences houleuses peuvent être observées lorsque les internautes publient, eux même ou par l’intermédiaire d’amis, des informations sur les réseaux sociaux. C’est l’histoire du jeune Kevin.C alors stagiaire à l’Anglo Irish Bank en 2007[14], qui a prévenu ses supérieurs qu’il ne pourra pas être présent le lendemain pour « raisons familiales ».  Or, son patron a découvert une photo de lui sur le site communautaire Facebook, en train de fêter Halloween déguisé. Ce genre de situation peut s’avérer être très embarrassante pour la vie professionnelle présente et future. Ces informations parsemées sur les réseaux sociaux peuvent s’avérer être également handicapant lors d’une recherche d’emploi. En effet, les recruteurs cherchent quasiment systématiquement sur internet des informations sur les candidats[15], que ce soit sur des sites professionnels (Viadeo, LinkedIn) ou personnels (Facebook, Twitter).  Des candidats peuvent être écartés à cause de photos déplacées ou provocantes sur leurs comptes. D’après son 30e rapport annuel remis en 2010[16], la CNIL énonce que 45% des recruteurs américains consultent les réseaux sociaux personnels ou professionnels pour trouver des informations sur les candidats.

Toutes ces informations disponibles (pratiquement) par tous sur internet peuvent également jouer un rôle déterminant dans le cadre judiciaire. Des photos ou propos mis en ligne sur les réseaux sociaux ont été utilisées par les procureurs dans des procès pour cerner leurs personnalités et justifier la peine requise. En 2008, Myspace a permis à un procureur de changer d’avis concernant  le verdict d’une jeune femme[17] responsable du décès d’un passager de sa voiture dans un accident dû à la consommation d’alcool. Le procureur avait demandé le sursis avec mise à l’épreuve mais s’est ravisé après avoir consulté sa page Myspace montrant la jeune femme un verre à la main plaisantant sur l’alcool.

Cette situation inquiète d’ailleurs le conseil de l’Europe concernant les risques pour les enfants. Ce dernier énonce que « la présence durable de contenus crées par des enfants ou les concernant est potentiellement nuisible pour leur dignité, leur sécurité, leur vie privée et leur honneur, maintenant et dans leur future vie d’adultes ». Le conseil de l’Europe souhaite que des solutions soient étudiées afin de veiller à ce qu’aucun historique des contenus produits par des enfants sur internet, susceptible de porter atteinte à leur dignité, à leur sécurité et à leur vie privée ou de les rendre vulnérables, maintenant ou à un stade ultérieur de leur vie, ne soit accessible de façon durable ou permanente excepté dans le cadre de la lutte contre les infractions ; [et] invite les Etats membres à étudier la faisabilité de retirer ou supprimer ce types de contenu dans un délai raisonnablement court[18].

On peut noter que l’état de Californie n’a pas attendu l’Europe pour adopter en octobre 2013 une loi permettant aux mineurs d’exiger l’effacement des données qu’ils ont publiées. Surnommé « la loi-gomme », cette loi californienne permettant aux adolescents de faire disparaître des réseaux sociaux  des photos ou commentaires embarrassants, rentrera en vigueur le 1er janvier 2015[19].

Internet ayant une durée de mémoire illimitée, la réputation numérique d’une personne risque de la suivre toute sa vie. Il est donc primordial de se préoccuper de la bonne tenue de sa E-réputation.

III- Les outils et actions de l’E-réputation

Toutes activités sur le Web engendrent la création de traces. Alors que certaines sont volontaires et nécessaires, d’autres sont involontaires et totalement hors contrôle de l’internaute. Pourtant, c’est la somme de ces diverses informations qui va constituer l’identité numérique d’une personne.  Dès lors, plusieurs outils sont possibles pour gérer son E-réputation.

  • Les outils de veille

Il peut s’avérer nécessaire de mettre en place une  veille numérique sur l’ensemble du web (presse, twitter, réseaux sociaux, blogs ect). Parmi les outils utilisés on trouve :

- Actionly: Cet outil présenté comme un tableau de bord permet de contrôler et surveiller  ce que les gens disent  sur une marque, des produits ou services sur différents canaux de médias sociaux comme Twitter, Facebook, Flickr, YouTube et blogs.

- Backtweets est un outil qui permet de répertorier les tweets qui parlent de l’internaute, d’une entreprise ou d’une marque

- Google blogs permet de fouiller avec précisions dans les posts et échanges qui se font à l’intérieur des blogs (souvent pas visible dans les moteurs de recherches)

- Hootsuite est un tableau de bord des réseaux sociaux qui permet la gestion de plusieurs comptes à la fois (Twitter, FB, LinkedIn, WordPress…)

  • Les nettoyeurs du net : Leur technique consiste à noyer le contenu malveillant pour le remplacer par une multitude d’informations positives. L’objectif est de reléguer au second plan les pages indésirables (en les repoussant jusqu’à la 2e ou 3e page de Google) en créant de nouvelles pages ou sites. En pratique, il est très difficile d’effacer une information présente sur un moteur de recherche. L’individu ou l’entreprise doit avoir une démarche d’influence pro-active en publiant lui-même du contenu à valeur ajoutée qui pourra être bien positionné dans les moteurs de recherche. L’avantage est de consolider sa E-réputation et peut également être un bouclier contre des tentatives de nuisances adverses.
  • Le développement de son « personnal branding » (marketing de la personne): Ce terme anglo-saxon est apparu pour la première fois en 1981 dans le livre « The battle for your Mind». Ce concept consiste pour une personne physique à créer et entretenir son capital informationnel comme sa réputation, son identité professionnelle à l’instar d’une marque, d’un produit ou service, au moyen de technique de marketing. L’internaute devient son propre manager et gère lui-même son E-réputation en assurant sa propre publicité et sa promotion les blogs, les réseaux sociaux et plus largement sur le web 2.0. Cela peut prendre plusieurs formes comme les images, les vidéos, les commentaires ect.
  • Les outils d’anonymisation

Juridiquement l’anonymat est un droit creux c’est-à-dire qu’il n’est pas autorisé en toutes lettres par la loi mais qu’il n’est pas interdit non plus. Le pseudonyme et l’anonymat permettent de préserver la réputation de l’internaute ainsi que sa liberté d’expression. En pratique, il n’est pas judicieux d’être en permanence anonyme sur internet car il est nécessaire dans une société aussi connectée qu’aujourd’hui d’être présent un minimum sur le Web.

IV- La dimension juridique de l’E-réputation

Pour protéger l’identité numérique, on peut faire appel à plusieurs droits différents :

  • Au niveau international: l’article 12 de la DUDH (déclaration universelle des droits de l’homme) de 1948 prévoit une protection de la réputation transposable à la cyber-réputation : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa ré Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ».
  • Au niveau national: plusieurs droits peuvent être utilisés :
  • La loi du 29 juillet 1881 permet de sanctionner deux délits de presse fondamentaux qui sont la diffamation et l’
  • La diffamation: c’est le fait de tenir des propos portant atteinte à l’honneur d’une personne physique ou moral (article 29 de la loi de presse de 1881)
  • L’injure: consiste en toute expression outrageante, paroles offensantes adressé à une personne dans le but de la blesser, en cherchant à atteindre son honneur ou sa dignité
  • Les droits de la personnalité et son article 9 du code civil qui dispose que « chacun a droit au respect de sa vie privée». Le droit à l’image  peut également être évoqué en cas de photographie.
  • Le code pénal prévoit également toute une mesure d’articles de loi s’opposant à l’atteinte à la personnalité. L’atteinte à la vie privée (Article 226-1) concerne la reproduction de paroles ou de photos émises dans un cadre privé. L’atteinte à la représentation de la personne (Article 226-8) réprime le cas de montages réalisés avec les paroles ou l’image d’une personne sans son consentement, s’il n’apparaît pas à l’évidence qu’il s’agit d’un montage ou s’il n’en est pas expressément fait mention.
  • La loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numé L’article 6-1 de la LCEN  impose aux hébergeurs de retirer sans délai  tout contenu jugé illicite. La personne dont les données personnelles ont été publiées par un tiers peut donc demander au juge de constater en référé  le caractère  illicite des données (comme l’atteinte à la vie privée, ou abus de la liberté d’expression en cas d’injure et de diffamation) et d’ordonner à l’hébergeur de les retirer. Cependant, selon les arrêts récents Scarlett (Fournisseur d’accès à internet FAI) de 2011 et NETLOG (fournisseur d’hébergement FH) de 2012,  ces intermédiaires du net n’ont pas une obligation générale de prudence ou de surveillance sur internet.  On ne peut pas leur demander d’être les gendarmes du web.
  • La loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés permet à toutes personnes présentant des motifs légitimes de demander la suppression ou la rectification des données la concernant diffusées sur internet en contactant directement le webmaster du site en question. La CNIL propose sur son site, dans la rubrique « Plainte en ligne », un courrier type de demande de suppression. Si dans un délai légal de deux mois, l’entreprise ou la personne concernée n’obtient toujours pas la suppression des informations du site internet concerné, il est possible d’adresser un courrier de réclamation à la CNIL.

Enfin, en cas d’échec des procédures amiables ou judiciaires, on peut recourir aux services d’agences web spécialisées dans le nettoyage de l’E-réputation citées plus haut. Ces agences vont ensevelir les contenus négatifs sous une quantité importante de contenus positifs.

V- E-réputation: un enjeu stratégique et économique

L’E-réputation est un enjeu économique réel, mais aussi un enjeu de société majeur pour le XXIème siècle. L’E-réputation est devenu en peu de temps une préoccupation majeure largement partagée par les entreprises et les individus. Ainsi, on n’a pu voir émerger ces dernières années de nombreux métiers et activités fleurissant autour de la gestion et de la maitrise de cette identité numérique. Les marketeurs, les professionnels des ressources humaines, les communicants et même les assureurs construisent et gèrent la réputation d’une marque, d’un produit, d’un service ou d’un individu.

C’est l’exemple des entreprises spécialisées dans l’E-réputation comme RéputationVIP[20] ou Fidzer[21] dont la mission est de gérer, surveiller et maîtriser la visibilité et notoriété dans le but de contrôler l’image d’un individu. Tout l’enjeu est de mettre en avant les résultats positifs de sa page Google au détriment des résultats négatifs qui doivent être repoussés le plus loin possible. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il est important d’être présent sur les réseaux sociaux et plus globalement sur internet. Aujourd’hui, on ne peut plus ignorer la société numérique dans laquelle nous vivons et il est très mal perçu de ne pas être présent sur le Web 2.0. En effet, un individu absent sur le web sera perçu comme une personne qui a des choses à cacher. Dès lors, il est important de savoir maitriser ses propres contenus mais surtout de s’assurer d’une visibilité positive sur internet.

L’E-réputation a également touché le secteur des assurances. En effet, à travers son slogan publicitaire « Quand votre réputation est salie sur Internet, c’est votre famille entière qui est touchée »[22], AXA propose une nouvelle assurance protégeant et prémunissant l’individu d’une réputation en ligne néfaste due à une tierce personne.  Les assureurs AXA ont donc pour mission de nettoyer les informations malveillantes et  de protéger également le souscripteur des autres risques d’Internet.

L’E-réputation a permis la création de nombreux emplois dans le domaine comme le  «  community manager » dont l’objectif est de filtrer les informations compromettante d’une entreprise sur les sites ou les réseaux sociaux. Ainsi, le responsable du web social, doit être capable de comprendre et dialoguer transversalement avec tous les services de la société.  A travers sa veille et son analyse des conversations sur les réseaux sociaux, il doit pouvoir éclairer et aider le management de l’entreprise à prendre les décisions en temps réel pour gérer les risques et répondre aux opportunités.

Enfin, on peut évoquer le métier de social média manager dont le rôle principal est de définir les messages et l’image portée par l’entreprise sur les réseaux sociaux.

VI- E-réputation et le droit à l’oubli numérique

Comment ne pas évoquer l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union européenne (CJUE), GOOGLE SPAIN, qui remet la problématique de l’E-réputation et ses répercussions sur le devant de la scène internationale. Cet arrêt en date du 13 mai 2014 oblige le moteur de recherche Google à répondre favorablement aux citoyens ressortissants de l’Union européenne désireux de supprimer tout lien à des documents « hors sujet, obsolètes ou autrement contestables ».  En l’espèce, Mario Gonzalez Costeja, un particulier espagnol, a porté plainte en 2010 auprès de l’AEPD (la CNIL espagnole) pour obtenir non seulement la suppression d’annonces légales relatives à une saisie immobilière réglée depuis des années mais également leurs désindexations du moteur de recherche Google.

Attention:  il est important de préciser que ce droit ne constitue pas un droit d’effacement mais plutôt un droit de déférencement. L’information ne disparaîtra totalement d’internet et pourra toujours être retrouver. Cependant, ce droit de déférencement devra être apprécié à la lumière des principes d’adéquation, de pertinence, de proportionnalité, de conservation ect.

Ainsi, les droits de la personne prévalent en principe sur:
– les intérêts économique de l’exploitant du moteur de recherche
– les intérêts public d’accéder à l’information

cependant il y a une limite qui peut être:
– le rôle joué par la personne dans la vie publique
– les intérêts prépondérants du public d’avoir accès à l’information

ce régime se rapproche de celui du droit à l’image, ce qui semble cohérent car tous deux puisent leur principe dans le respect de la vie privée.

Depuis cet arrêt, Google recevrait en moyenne 1 000 demandes de suppression par jour et a dû mettre en place en mai 2014 un formulaire pour faciliter et canaliser les demandes du droit à l’oubli des particuliers. Google a l’obligation de traiter les demandes au cas par cas tout en arbitrant entre le droit à la vie privée d’une personne et l’intérêt de l’information pour le public. Les autres moteurs de recherche comme BING ou YAHOO ont également dû développer des outils pour prendre en compte ce nouveau droit. La société RéputationVIP a même lancé un service gratuit du nom de Forget.me[23] permettant aux internautes de gérer simultanément leurs demandes de suppressions sur les différents moteurs de recherches (Google, Bing et Yahoo).

Même si nous sommes encore aux balbutiements de ce droit à l’oubli, cet arrêt semble adopter la même lignée que le futur règlement européen sur la protection des données à caractère personnel souhaitant consacrer ce nouveau concept de droit à l’oubli numérique. Cet arrêt de la CJUE devra permettre d’inciter un grand nombre d’individus à mieux maitriser leur droit à la vie privée, leurs données à caractère personnel et donc leur E-réputation.

VII- Vers une reconnaissance faciale

La reconnaissance de visage est un domaine de la vision par ordinateur consistant à reconnaitre automatiquement une personne à partir d’une image de son visage. Cette reconnaissance faciale a de nombreuses applications en vidéo-surveillance, biométrie, robotique, indexation d’images et de vidéos, recherche d’images ect.

En 2011, Facebook a lancé un service de reconnaissance faciale accessible à tous[24]. Suites aux pressions de  nombreuses associations de protection de la vie privée et du droit à l’oubli, Facebook a dû abandonner ce service en Europe en en 2012[25].

Loin d’être délaissée, cette technique a refait surface dans les services du FBI. Après des années de recherche et un milliard de dollars de développement, le FBI vient d’annoncer un nouveau logiciel de reconnaissance faciale[26]. Le programme « Next Generation Identification » (NGI) sera capable de capturer et d’analyser des dizaines de millions de visages américains, de les stocker et de s’en resservir en cas de besoin. Cependant, il ne s’agit pas uniquement du visage car grâce à la base de données partagée « Interstate Photo System » (IPS), le moindre traits personnels comme les tatouages, cicatrices ou même iris, pourra servir à l’identification.

La mise en place de ce système d’identification inquiète bon nombre d’associations de défense des libertés civiles qui .considèrent cette technique comme une menace pour la vie privée d’Américains qui n’ont pas de casier ou d’antécédents judiciaires. Evidemment, la technique n’est pas totalement infaillible compte tenu des résolutions parfois bien trop faibles pour garantir une identification. Cependant, avec une modernisation toujours plus poussée des équipements de surveillance et de bases de données, cette anomalie sera vite réglée…

Ainsi, ne va-t-on pas finalement vers une disparition de la vie privée, un décloisonnement de la vie privée et donc vers un  « profilage permanent » ?  Plus que jamais, le monde de Georges Orwell semble peu à peu devenir réalité….

[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Howard_Rheingold

[2] Cynthia G. McDonald et V. Carlos Slawson Jr., Reputation in an Internet Auction Market [archive],Social Science Research Network, 21 mars 2000

[3] Rosa Chun et Garry Davies, « E-reputation: The role of mission and vision statements in positioning strategy », The Journal of Brand Management, Palgrave Macmillan « 8 », no 4,‎ 1er mai 2001, p. 315-333

[4] http://www.zdnet.fr/actualites/l-indispensable-gestion-de-la-reputation-numerique-39600489.htm

[5] http://www.chablais-web.fr/relation-client-va-devenir-facteur-differenciant-en-e-commerce.php

[6] http://www.blogdumoderateur.com/comment-les-recruteurs-utilisent-les-reseaux-sociaux-pour-filtrer-les-candidatures/

[7] http://tractacus.free.fr/autres/narcisse.pdf page 3

[8] CNIL communiqué du 22 octobre 2008

[9] http://fing.org/?_Daniel-Kaplan_

[10] http://www.fing.org/?Informatique-Libertes-Identites

[11] http://firstmonday.org/article/view/1394/1312

[12] https://www.facebook.com/legal/proposeddup/fr rubrique suppression et désactivation du compte

[13] http://www.le-tigre.net/marc-l.html

[14] http://www.lefigaro.fr/economie/2007/12/07/04001-20071207ARTFIG00298-facebook-reve-de-vendre-votre-vie-privee.php

[15] http://www.actionco.fr/Action-Commerciale/Article/Attention-les-recruteurs-vous-googlisent–19512-1.htm

[16] http://www.cnil.fr/fileadmin/documents/La_CNIL/publications/CNIL-30erapport_2009.pdf Page 85 le recrutement en ligne

[17] http://obsession.nouvelobs.com/high-tech/20080719.OBS3556/facebook-et-myspace-source-de-documentation-des-procureurs.html

[18] Conseil de l’Europe, Déclaration du Comité des Ministres sur la protection de la dignité, de la sécurité et de la vie privée des enfants sur internet, 20 février 2008.

[19] http://www.01net.com/editorial/603996/californie-une-loi-assure-l-oubli-numerique-partiel-pour-les-jeunes/

[20] http://www.reputationvip.com/fr/

[21] http://www.fidzer.com/

[22] http://www.youtube.com/watch?v=wJgnzqq3yv0

[23] https://forget.me/fr/

[24] http://www.lemonde.fr/technologies/article/2011/06/08/facebook-etend-son-service-de-reconnaissance-faciale_1533342_651865.html

[25] http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/09/22/facebook-suspend-sa-reconnaissance-faciale-en-europe_1764136_651865.html

[26] http://www.itespresso.fr/fbi-sinitie-reconnaissance-faciale-79184.html

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